INTERVIEW : Objectif Jeunesse 20, une association au service de l'insertion professionnelle

Connais-tu l'initiative Objectif Jeunesse 20 ?


Fondée à Brazzaville en 2020 et présidée par Allison Lemboumba, cette association congolaise vise à collecter des fonds afin de financer la formation technique, professionnelle et qualifiante de jeunes en situation de précarité. L'association entend ainsi participer activement à la (ré)insertion socio-professionnelle de ses bénéficiaires.


Dans cette interview exclusive, la présidente d'Objectif Jeunesse 20 répond aux questions du Club 54. Une occasion singulière de revenir sur les fondements de l'association et de décrypter les perspectives d'avenir de cette initiative solidaire et inspirante.


Image : Objectif Jeunesse 20


1. Comment est née l'idée de créer en 2020 l’association Objectif Jeunesse 20 ?


L’idée de créer « Objectif Jeunesse 20 » est partie d’un double constat attristant après des recherches que nous avons menées sur l’insertion professionnelle des jeunes au Congo. Premièrement, nous avons remarqué que beaucoup de jeunes congolais n’ayant pas pu achever leurs études secondaires, par faute de moyens ou par manque d’intérêt, se sont retrouvés marginalisés par leur famille et la société car jugés incompétents. Ensuite, nous avons noté que plusieurs jeunes diplômés demeurent dans l’incapacité de trouver un emploi parce que leur profil ne répond pas aux exigences du marché du travail. Ne pouvant rester insensibles à cette triste réalité, nous avons décidé d’agir en mettant en place cette association.


Objectif jeunesse 20 a pour mission de permettre à chaque jeune de s’épanouir dans un ou plusieurs métiers techniques. Nous accompagnons nos bénéficiaires à mieux saisir les opportunités professionnelles locales afin qu’ils deviennent des acteurs majeurs contribuant au développement du pays. Nous croyons fortement que le seigneur a placé un potentiel en chacun de nous que nous avons jugé bon d’aider à exploiter ou développer.


2. Quels sont vos mécanismes de collecte de fonds pour financer la formation technique et professionnelle des jeunes congolais ?


En ce qui concerne la collecte de fonds, nous actionnons des mécanismes de financement standards utilisés par les organisations de la société civile à travers le monde. A titre d'exemple, via notre site internet, nos réseaux sociaux (Instagram et Meta, anciennement appelé Facebook) ou encore la télévision, nous lançons des campagnes d’appel aux dons. De plus, nous sollicitons, des entreprises para-étatiques et privées, des représentations diplomatiques présentes au Congo, et des organisations des Nations Unies qui œuvrent pour le développement. Pour conclure, lorsque l’occasion se présente, nous procédons au démarchage ou plus familièrement au porte-à-porte auprès des potentiels donateurs.


Image : Objectif Jeunesse 20


3. Pensez-vous qu’il existe aujourd’hui une inadéquation entre le système éducatif et les besoins réels du marché du travail en Afrique ?


Aucun jeune ne peut participer au processus de développement de l’Afrique sans avoir connaissance des défis qui incombent au continent. Par conséquent, oui. Nous pensons, effectivement, qu'il existe une véritable inadéquation entre le système éducatif et les besoins réels du marché du travail au Congo en particulier et en Afrique de manière générale. Les formations réalisées par les jeunes ne répondent que très rarement aux exigences du marché, ce qui pourrait expliquer le niveau élevé du chômage juvénile sur l’ensemble du continent. Ce constat a également motivé la mise en place de notre association. Voilà pourquoi, pour apporter notre modeste contribution sur ce volet, nous avons inséré dans nos différents programmes de formation l’aspect réseautage. Selon nous dans un premier temps l’accent doit être impérativement placé sur l’identification des besoins de chaque pays. De cette manière, l’Afrique pourra retrouver son identité par le biais d'un développement en adéquation avec ses défis. Comment ? Cela passe par un accent mis sur l’orientation scolaire et professionnelle comme il y a quelques années.


Aujourd’hui, le système éducatif est défaillant car il ne parvient pas à mettre en avant le potentiel et la diversité de chaque élève. L’orientation a été présente dans le passé, mais abandonnée de plus en plus par les pouvoirs publics et aujourd’hui nous nous rendons compte de son importance lorsque nous voyons que de nombreux jeunes demeurent inactifs pendant des années. A titre d’exemple, nous avons pu relever que de nombreux élèves ayant de très bon niveau dans les filières techniques se retrouvent confrontés à des difficultés majeures d’insertion professionnels c’est pourquoi nous jugeons bon qu’un travail de sensibilisation dès le bas-âge vers les réalités et exigences de chaque corps de métier pour permettre à tous les élèves d’avoir un aperçu global des différentes opportunités qui s’offrent à eux soit réalisé.


4. En plus du financement et des formations, disposez-vous également d’autres programmes d’accompagnement professionnel de cette jeunesse en situation de précarité ?

Oui évidemment, hormis le financement de la formation professionnelle et qualifiante des jeunes, nous développons un programme d’insertion et de réinsertion des jeunes. Ce programme a pour objectif stratégique de contribuer significativement à l’insertion socio-professionnelle et économique des jeunes congolais, sur toute l’étendue du territoire national, avec notamment une action prioritaire, à savoir : la création d’unités économiques ou de micro-entreprises en milieu juvénile.


Le troisième et dernier programme dont on dispose porte sur la réflexion et le plaidoyer. Il a pour objectif stratégique de contribuer à des réflexions sur l’implication des jeunes dans le processus de construction et de développement du Congo. Il est mené sur le terrain à travers la création d’espaces d’échange permettant aux jeunes de s’exprimer notamment sur les politiques du gouvernement en faveur de la jeunesse.


5. Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez dû faire face depuis le lancement de votre initiative Objectif Jeunesse 20 ?


Il serait irresponsable de notre part de dire que nous ne sommes pas confrontés à un certain nombre de difficultés parce que, quelle que soit l’initiative qu'on souhaite lancer, il y a toujours des difficultés. Dans le cas précis qui nous concerne, les difficultés sont principalement d'ordre financière. Nous sommes dans un contexte où les ONG ou les organisations de la société civile - je parle là des fondations, des associations - ne sont que très rarement financées par les pouvoirs publics de façon permanente. Et il n'est pas aussi facile de mobiliser les ressources financières auprès des entreprises privées ou para-étatiques, voire auprès des structures ou des organisations d'aide au développement ayant des représentations au niveau de la République du Congo. Mais en dépit de cela, nous continuons à nous battre en écrivant à l'ensemble des personnes physiques et morales qui peuvent nous accompagner. Parce que sans financement, nous ne pouvons rien faire car la formation qualifiante tout comme les autres programmes détiennent un coût majeur. Ainsi, la mobilisation des ressources financières reste un défi au quotidien. En guise d’illustration, aujourd'hui nous avons plus de 500 demandes de formation, mais malheureusement nous ne pouvons pas satisfaire l'ensemble de ces demandes, parce que nous ne disposons pas des ressources financières suffisantes pour satisfaire à ce besoin de formation qui est d’une grande importance pour ces demandeurs.


Image : Objectif Jeunesse 20


6. Par quels moyens parvenez-vous à garantir une valorisation des métiers du secteur technique et artisanal au Congo auprès de la jeunesse et des décideurs publics et privés ?


Tout d’abord, auprès des jeunes, cette approche consiste premièrement à communiquer sur l’échelle du territoire national sur les avantages de ces corps de métier car il est très difficile de s’intéresser à un secteur lorsque l’on manque d’information. Nous participons à détruire les idées reçues qui peuvent laisser penser que ce type de métier n’est destiné qu’à un certain groupe de personnes ou qu’il ne rapporte que de faibles revenus. Ainsi, nous entendons créer des modèles de réussite au travers de nos formations. Nous avons réalisé que les jeunes avaient besoin de s’identifier à des modèles qui présentaient des profils similaires aux leurs. Notre objectif est de montrer qu’aujourd’hui il est possible de s’en sortir par la foi, la détermination et le travail.


Par la suite, s'agissant des décideurs publics, notre travail est en adéquation avec la nouvelle politique gouvernementale visant à garantir une diversification de l’économie. Celle-ci permet de faire émerger plusieurs emplois dans les domaines techniques. Cela se matérialise par des investissements massifs dans le secteur agricole, la création de nouveaux emplois et l'essor d’investisseurs étrangers afin de permettre la création d’emplois dans le secteur privé comme public.


Cela renforce l'identité de notre pays, car la valorisation des métiers techniques et artisanaux au Congo permet de mettre en lumière la culture nationale à travers l'expression des jeunes qui ont saisi les opportunités au sein de ces secteurs. Dans le cadre de bourses de formation que nous offrons aux jeunes congolais âgés de 15 à 35 ans, issus de milieux sociaux défavorisés et de familles démunies, nous nous efforçons de leur offrir des formations techniques de qualité auprès des structures reconnues par les pouvoirs publics afin que ces jeunes bénéficient de la meilleure des formations.


7. D’après vous comment renforcer l’implication des jeunes dans le processus de construction et de développement du continent africain ?


D'après nous, le renforcement de l'implication des jeunes dans le processus de construction et de développement du continent africain passe par la mutualisation des efforts et des initiatives visant à rassembler les jeunes autour des questions et/ou des problématiques qui minent directement leur quotidien. Cela passe par l'implication de la jeunesse africaine au travers des cercles de réflexion afin de faire des plaidoyers auprès des décideurs publics sur des questions politiques de gouvernance, de formation et d'emploi. Nous pensons que les décisions et initiatives portées par les pouvoirs ou décideurs publics, qui n'impliquent pas les jeunes, sont des initiatives qui vont à l'encontre de la jeunesse.


8. Bénéficiez-vous d’un accompagnement des pouvoirs publics et du secteur privé congolais dans le cadre de vos activités au sein d’OJ20


À ce jour, les pouvoirs publics ne subventionnent pas directement les associations, parce que nous n'avons pas encore une loi qui encadre le financement des ONG et organisations de la société civile en République du Congo. Mais nous bénéficions néanmoins d’un accompagnement administratif car nous sommes une association enregistrée et reconnue par les pouvoirs publics. Concernant le secteur privé, nous travaillons activement en collaboration avec certaines entreprises de la place qui nous accompagnent techniquement même si cela n'est pas toujours suffisant pour nous permettre d'atteindre nos objectifs qui visent à former et insérer professionnellement la majorité des jeunes congolais.


9. Avez-vous des difficultés à aider les bénéficiaires de l’initiative à trouver du travail une fois la formation terminée ?


À ce jour, concernant le volet insertion professionnelle, nous n'avons pas encore de jeunes que nous avons commencé à insérer, car, les premiers bénéficiaires de notre programme de bourse de formation professionnelle sont encore en plein parcours dans les différents centres de formation.


10. Comment faire un don à l’association Objectif Jeunesse 20 et venir en aide à ces jeunes congolais qui aspirent à un avenir meilleur ?


En faisant un don à l'association Objectif Jeunesse 20 vous contribuez à une tâche noble qui consiste à assurer un lendemain meilleur à une partie de la jeunesse congolaise. Les principaux donateurs sont invités à se connecter ou à visiter notre site internet. Pour ceux qui sont au niveau du Congo, ils peuvent le faire via MTN Mobile Money ou Airtel Money ou bien par virement bancaire à travers nos différents comptes ouverts dans les livrets de la BSCA et de l’UBA. Pour ceux qui sont hors du territoire congolais, ils peuvent également faire un virement bancaire via ces mêmes comptes. Toutes ces informations sont disponibles sur notre site internet www.objectifjeunesse20.org au niveau de la rubrique « Faire un don ». Nous demandons à toutes les personnes physiques ou morales qui souhaitent nous accompagner dans cette initiative de ne pas hésiter à nous contacter via notre courriel : contact@objectifjeunesse20.org.


Image : Objectif Jeunesse 20



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